Samedi 31 octobre 2009
Bienvenue aux éditions Contre-mur, fondées par Caroline Scherb et Nicolas Tardy.

"Contre-mur publie des textes sous forme de posters de format A1 imprimés en oir sur papier ivoire 120 gr. Ceux-ci sont vendus pliés en 8 au format A4 pour 2 €."

La première publication est un poster de Lucien Suel, dont on peut voir quelques images ici : ROSE DEVANT ROSE DERRIERE
Une soirée de lancement aura lieu à Marseille, à la librairie Le Lièvre de Mars le 7 novembre prochain à 18h00, en présence de Lucien Suel.
Par m y o p i e s - Publié dans : Brèves
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Samedi 21 mars 2009
CLARK COOLIDGE



Ma traduction du livre de Clark Coolidge, initialement paru en 1980 chez Vehicle Press (et lisible en anglais en numérisation sur le site Eclipse), vient de paraître mi-mars aux éditions Les Petits Matins, dans la collection Les Grands Soirs dirigée par Jérôme Mauche.

Le premier volet est un montage, composé à partir des écrits de Robert Smithson et d'autres textes ; le deuxième volet constitue un documentaire du tournage des Dents de la Mer en 1975, à Martha's Vineyard, auquel Clark Coolidge a assisté.

Voici un extrait de chacun des deux textes qui composent le diptyque smithsonien / spielbergien de ce livre hors-norme, en résonance permanente.







Un cahier à dessin noir brutalement claqué percute un classeur rouge posé sur le plancher à l'instant même où une détonation résonne dans un taillis derrière le puits. 500 feuilles de Substance 20 8 ½ X 11 sphinx aristocrat mimeo bond (blanc) sur une tablette de contreplaqué posée en équilibre sur des cartons de déménagement dans un coin. Le bureau est enfoui sous les papiers, mais cet éparpillement me convient bien, je sais où sont les choses pendant des années sans faire la poussière. Comme corbeille à papier dessous, une boîte métallique rectangulaire anti-transpirant ultra sec spray qu'un papier obstrue. Les fenêtres juste au-dessus, ternies par la fumée de cigarette accumulée s'ouvrent à l'ouest sur des chênes châtaigner bouleau. Un fauteuil de direction, stable, sans housse de protection. Des images sur les autres murs, qui demeurent invisibles tant que le travail avance. Ou à peine un coup d'oeil (Léger), un interstice dans le processus fumant buvant écrivant. Une après-midi est un matin qui monte dans l'autre sens. Et un long bain pour lire les fins d'après-midi avant l'heure du souper. Jeux télévisés, café, et lettres...


Non je ne suis pas mort, je fais en sorte d'exister. Et aujourd'hui tout spécialement, à l'approche du 4 juillet, avec cette pluie froide, j'existe tellement peu... Vouloir tenir le rythme de vos lettres a été vain. J'étais préoccupé la plupart du temps par de douloureux problèmes, sans compter le reste des tracas d'une vie comme celle que j'ai. Mille choses viennent m'encombrer l'esprit dans mon effort pour venir à bout de la journée, et pour commencer, la somme de tout ce que j'ai déjà fait, qui vient me narguer dans le miroir tous les matins. Je suis parfois contraint de réfréner certaines envies, pour préserver ce qui reste de ma santé.


Ça m'a mis en tête de peindre en silence. Les dépôts inférieurs de l'architecture des cavernes, mammouths et ours de pigments et chaux, l'oreille posée contre le rocher sous la colline. Les tunnels rouillés qui épousent la déclivité des roches sous la ville grise. Les presse-papiers américains. Un parking en forme de L, derrière le bâtiment peu élevé de briques, qui ressemble à une usine. Le sable granuleux du ciment sur le trottoir, les graviers passés à la chaux sur le parking. Couverture nuageuse basse, grise et sans forme à midi. Aucun vent, température au-dessus de 20. À l'intérieur du bâtiment, il y a des pièces remplies de casiers à tiroirs de la hauteur d'un homme, remplis d'intercalaires. Les choses se produisent au niveau animal. Et ce niveau animal lui-même est perçu du point de vue végétal, sinon minéral.


Ne sachant pas les mots, il considérait cales, poignées, glissières, plinthes, linteaux, corniches, rebords, clous tapissiers, agrafes, garnitures, contreplaqués, manteaux de cheminée, vitres, appuis, tringles à rideaux, jambages, loquets, lattes, et louvres infestés de frelons. Surchargés d'un décor sombre et froid de boiseries, de stuc, de panneaux moulurés – marbres, glaces noires, peintures sombres, colonnes, lourdes tentures – encadrements sculptés des portes, enfilade de portes, de galeries, de couloirs transversaux... salles silencieuses où les pas de celui qui s'avance sont absorbés par des tapis si lourds, si épais qu'aucun bruit de pas ne parvient à sa propre oreille – comme si l'oreille elle-même était très loin, très loin du sol, des tapis, très loin de ce décor lourd et vide, très loin de cette frise compliquée qui court sous le plafond, avec ses rameaux et ses guirlandes, comme des feuillages anciens, comme si le sol était encore de sable ou de graviers...


(extrait de Dépositions smithsoniennes)


[...]



Le temps, sur pellicule. Les nuages ont été ramenés, réinstallés. Ils tombent au sol. Un ciel bleu est requis. Chaque nuit l'équipe renouvelle sa demande. Un ciel clair, une mer calme. Le film tourne sur des questions. Une question de besoin, besoin de produits chimiques pour une bonne exposition. À quoi répond un arrangement, bien au-delà des considérations humaines. Centres de pression alignés et mouvants contre les attendus de la pensée. La pression de la lumière sur des produits chimiques détermine l'humeur ambiante. Tournures d'esprit, posant de nouvelles questions, exposant davantage de film. Le Rituel de Boulez demande sept percussionnistes indépendants, l'esprit de chacun fermé aux autres. Le public est assis dans une salle humide, s'agite face à une telle exposition, quelques applaudissements s'ensuivent, le minimum. À l'aurore les réalisateurs retournent au même point sur l'océan (ou à une réplique valable de celui-ci) et observent les caméras qui ondulent, les sujets qui évitent les rebords de l'image, se découragent, tombent malades. Qu'est-ce qui est sujet à un film.


Une série de jours. Le crash a lieu vers le Détroit de Nouvelle-Angleterre. Ron-ron du moteur augmentant en arrière-plan, à l'escale. La plage fait face à une autre plage. Elles prennent et perdent leurs eaux en cadence. Entre elles, il y a les films, s'enroulant et enregistrant. Sur eux, des gens se tiennent debout, le pied mal assuré, soumis aux aléas de la météo.


L'un des deux (par ailleurs identiques en tous points, simplement le plus immergé des deux) bateaux est tiré au fond et remonté à la surface, sur la mer qui s'abaisse et remonte elle-même. Et de même pour les deux bateaux, celui qui n'a pas de fond, celui qui est entier. Le remonteur / baisseur remonte et de cette façon il rabaisse l'autre. L'un des bateaux se remplit d'eau, à mesure que le film se remplit d'images. Un film sur la mer n'a pas de perspective stable. Et les hommes qui le font. Quelqu'un aborde le sujet d'un film.


Ce qui est sujet à un film. La télévision. Un film se filmant lui-même (Godard). L'eau et / ou un feu. Des fumées artificielles dans une lourde caméra professionnelle pointée sur un projectile. Un film sur des draps et qui ne les brûle pas. Les plateaux d'Hitchcock sont épinglés dans tous les mauvais sens.


De telle façon qu'un visiteur ne verra pas le film. Un feu sur le bateau et un feu dans le script, tous deux échappant des mains. L'argent, qu'on faisait couler en permanence pour compenser le déplacement. Déchets, parcelles, n'en voyant pas la fin. Ce qui est sujet à un film. Le détail des horaires du personnel. L'amour dans un mégaphone. La plage où j'ai appris à nager. Des portions recyclées des eaux de l'océan, et qui peuvent être identifiées. Des requins, qui ne vont pas sur les bancs d'écoliers, mais qui les cherchent. Le jour pour la nuit. L'air pour l'eau. L'argent pour les catastrophes naturelles. Le doublage.


(Sujet à un film, extrait)

Par Guillaume Fayard - Publié dans : Textes
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Jeudi 19 mars 2009

Au pas saccadé de son cheval, Golo, plein d’un affreux dessein, sort de la petite forêt triangulaire qui veloute d’un vert sombre la pente d’une colline, et s’avance en tressautant vers le château de la pauvre Geneviève de Brabant. Ce château est coupé selon une ligne courbe qui n’est autre que la limite d’un des ovales de verre ménagés dans le châssis qu’on glisse entre les coulisses de la lanterne. Ce n’est qu’un pan de château et il a devant lui une lande où rêve Geneviève qui porte une ceinture bleue. Le château et la lande sont jaunes et je n’attends pas de les voir pour connaître leur couleur car, avant les verres du châssis, la sonorité mordorée du nom de Brabant me le montre avec évidence. Golo s’arrête un instant pour écouter avec tristesse le boniment lu à haute voix par ma grand’tante et qu’il a l’air de comprendre parfaitement, conformant son attitude avec une docilité qui n’exclut pas une certaine majesté, aux indications du texte; puis il s’éloigne du même pas saccadé. Et rien ne peut arrêter sa lente chevauchée. Si on bouge la lanterne, je distingue le cheval de Golo qui continue à s’avancer sur les rideaux de la fenêtre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. Le corps de Golo lui-même, d’une essence aussi surnaturelle que celui de sa monture, s’arrange de tout obstacle matériel, de tout objet gênant qu’il rencontre en le prenant comme ossature et en se le rendant intérieur, est-ce le bouton de la porte sur lequel s’adapte aussitôt et surnage invinciblement sa robe rouge ou sa figure pâle toujours aussi noble et aussi mélancolique, mais qui ne laisse paraître aucun trouble de cette transvertébration.

Par m y o p i e s - Publié dans : La recherche du temps présent
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Vendredi 27 février 2009

Autour de l’exposition collective À la surface de l’infini

à La Galerie de Noisy-le-Sec, qui fait suite à sa résidence de six mois,

Hugo Pernet, l'un des auteurs du premier numéro,

nous invite :


samedi 4 avril à 18h, lectures et performances de :

Arno Calleja, Guillaume Fayard, Anne Kawala,

Pierre Ménard, Hugo Pernet, Esther Salmona et Dorothée Volut.


Durant l’exposition, une playliste de lectures et de pièces sonores incluant des auteurs présents dans le numéro 1 sera disponible en écoute (lecteurs mp3). Elle sera également accessible sur le site de la revue.

(infinis remerciements, bien entendu, à Hugo Pernet et à l'équipe de La Galerie)

Par m y o p i e s - Publié dans : Dehors
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Samedi 14 février 2009

« La plupart des auteurs vivants interdits en application des directives du département d'Etat firent aussi l'objet de dossiers volumineux – et souvent ridicules – au FBI de J. Edgar Hoover. Furent mis sous surveillance les activités et les déplacements de Robert Sherwood, Archibald McLeish, Malcolm Lowry, John Crowe ransom, Allen tate, Howard Fast, F. O. Matthiessen, Langston Hughes (...). Quand Ernest Hemingway se plaignit à ses amis qu'il était surveillé par le FBI, ils crurent qu'il perdait contact avec la réalité. Son dossier de cent treize pages publié au milieu des années quatre-vingt confirme ses dires : il avait été suivi, mis sur écoute et harcelé par les hommes de Hoover pendant plus de vingt-cinq ans. Peu avant son suicide, alors qu'il souffrait d'une grave dépression, Hemingway entra en clinique dans le Minnesota sous un faux nom. Un psychiatre de l'établissement contacta le FBI pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'objection à ce que Hemingway se déclare de cette façon.

Dans le dossier le concernant, le poète William Carlos Williams est dépeint comme "le type du professoral distrait" qui utilise un style "expressionniste" qui pourrait être un "code". Cela suffit pour interdire à Williams, lorsqu'il fut nommé consultant de poésie à la bibliothèque du Congrès en 1952, d'occuper cette fonction, son visa de sécurité lui ayant été refusé (le poste demeura vacant jusqu'en 1956). »


Qui mène la danse?, La CIA et la guerre froide culturelle, Frances Stonor Saunders, Denoël, 2003, pp 204-205.






Par m y o p i e s - Publié dans : Copier-coller
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Vendredi 13 février 2009

Cette après-midi, le premier numéro de la revue sera présenté à l'antenne de France Culture par André Chabin, directeur de Ent'revues, au cours de l'émission À plus d'un titre (15h-16h), animée par Tewfik Hakem. Plus d'informations sur le site de France Culture, ici.


Par m y o p i e s - Publié dans : Dehors
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Lundi 12 janvier 2009

PREMIÈRE PARTIE
COMBRAY

I.

Longtemps, je me couche de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se ferment si vite que je n’ai pas le temps de me dire: Je m’endors. Et, une demi-heure après, la pensée qu’il est temps de chercher le sommeil m’éveille; je veux poser le volume que je crois avoir encore dans les mains et souffler ma lumière; je ne cesse pas en dormant de faire des réflexions sur ce que je viens de lire, mais ces réflexions prennent un tour un peu particulier; il me semble que je suis moi-même ce dont parle l’ouvrage: une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles Quint. Cette croyance survit pendant quelques secondes à mon réveil; elle ne choque pas ma raison mais pèse comme des écailles sur mes yeux et les empêche de se rendre compte que le bougeoir n’est plus allumé. Puis elle commence à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure; le sujet du livre se détache de moi, je suis libre de m’y appliquer ou non; aussitôt je recouvre la vue et je suis bien étonné de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demande quelle heure il peut être; j’entends le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrit l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la station prochaine; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés, à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour.

J’appuis tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. Je frotte une allumette pour regarder ma montre. Bientôt minuit. C’est l’instant où le malade, qui est obligé de partir en voyage et doit coucher dans un hôtel inconnu, réveillé par une crise, se réjouit en apercevant sous la porte une raie de jour. Quel bonheur c’est déjà le matin! Dans un moment les domestiques sont levés, il peut sonner, on vient lui porter secours. L’espérance d’être soulagé lui donne du courage pour souffrir. Justement il croit entendre des pas; les pas se rapprochent, puis s’éloignent. Et la raie de jour qui est sous sa porte disparaît. C’est minuit; on vient d’éteindre le gaz; le dernier domestique part et il faut rester toute la nuit à souffrir sans remède.

Je me rendors, et parfois je n’ai plus que de courts réveils d’un instant, le temps d’entendre les craquements organiques des boiseries, d’ouvrir les yeux pour fixer le kaléidoscope de l’obscurité, de goûter grâce à une lueur momentanée de conscience le sommeil où sont plongés les meubles, la chambre, le tout dont je n’ai qu’une petite partie et à l’insensibilité duquel je retourne vite m’unir. Ou bien en dormant je rejoins sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive, retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tire par mes boucles et que dissipe le jour,—date pour moi d’une ère nouvelle,—où on les a coupées. J’oublie cet événement pendant mon sommeil, j’en retrouve le souvenir aussitôt que je réussis à m’éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle, mais par mesure de précaution j’entoure complètement ma tête de mon oreiller avant de retourner dans le monde des rêves.

Quelquefois, comme Eve naît d’une côte d’Adam, une femme naît pendant mon sommeil d’une fausse position de ma cuisse. Formée du plaisir que je suis sur le point de goûter, je m’imagine que c’est elle qui me l’offre. Mon corps qui sent dans le sien ma propre chaleur veut s’y rejoindre, je m’éveille. Le reste des humains m’apparais comme bien lointain auprès de cette femme que je quitte il y a quelques moments à peine; ma joue est chaude encore de son baiser, mon corps courbaturé par le poids de sa taille. Si, comme il arrive quelquefois, elle a les traits d’une femme que je connais dans la vie, je me donne tout entier à ce but: la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée et s’imaginent qu’on peut goûter dans une réalité le charme du songe. Peu à peu son souvenir s’évanouit, j’oublie la fille de mon rêve.

 

 

Du côté de chez Swann, pages 1 à 5, édition Le Livre de Poche, 1966. Vous pouvez retrouver la recherche du temps présent dans le premier numéro de la revue en ligne myopies : http://www.myopies-revue.com/

Par Arno Calleja - Publié dans : La recherche du temps présent
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