« La plupart des auteurs vivants interdits en application des directives du département d'Etat firent aussi l'objet de dossiers volumineux – et souvent ridicules – au FBI de J. Edgar Hoover. Furent mis sous surveillance les activités et les déplacements de Robert Sherwood, Archibald McLeish, Malcolm Lowry, John Crowe ransom, Allen tate, Howard Fast, F. O. Matthiessen, Langston Hughes (...). Quand Ernest Hemingway se plaignit à ses amis qu'il était surveillé par le FBI, ils crurent qu'il perdait contact avec la réalité. Son dossier de cent treize pages publié au milieu des années quatre-vingt confirme ses dires : il avait été suivi, mis sur écoute et harcelé par les hommes de Hoover pendant plus de vingt-cinq ans. Peu avant son suicide, alors qu'il souffrait d'une grave dépression, Hemingway entra en clinique dans le Minnesota sous un faux nom. Un psychiatre de l'établissement contacta le FBI pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'objection à ce que Hemingway se déclare de cette façon.
Dans le dossier le concernant, le poète William Carlos Williams est dépeint comme "le type du professoral distrait" qui utilise un style "expressionniste" qui pourrait être un "code". Cela suffit pour interdire à Williams, lorsqu'il fut nommé consultant de poésie à la bibliothèque du Congrès en 1952, d'occuper cette fonction, son visa de sécurité lui ayant été refusé (le poste demeura vacant jusqu'en 1956). »
Qui mène la danse?, La CIA et la guerre froide culturelle, Frances Stonor Saunders, Denoël, 2003, pp 204-205.